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La chapelle du Mont-Provent ou
Notre-Dame de la visitation.
La chapelle actuelle a été édifiée en 1838 à quelques pas de
l’emplacement d’une autre plus ancienne qui était tombée en ruines.
Le chœur a été ajouté en 1937.
C’est un bâtiment rectangulaire, à chevet plat, épaulé de six
contreforts et protégé par un toit débordant au dessus duquel
s’élève un robuste clocheton. Il abrite une nef et un chœur voûtes
en berceau, que quatre baies cintrées éclairent. Le porche est
surmonté d’un fronton semi-circulaire. Au-dessus s’ouvre un oculus
et deux étroites fenêtres rectangulaires encadrent la porte.
L’édifice reprend donc les formes des chapelles de villages
antérieures au XIXeme siècle.
Les scènes
de la vie de la Vierge peintes à la voûte, la table de communion en
fer forgé et les deux vitraux du chœur datent de 1937.
L’élément le
plus intéressant de la chapelle est l’autel et sa décoration.
Cet autel
est simple, mais la peinture et son encadrement, qui ont appartenu à
la chapelle privée de Mgr BIORD, sont de qualité.
A un regard
peu attentif, l’encadrement semble d’une grande sobriété : les
quatre cotés à double moulure fortement prononcée ne sont ornés que
d’un boudin, en leur milieu, auquel sont accrochés, d’un coté trois
fleurs de lys stylisées et, de l’autre, une chaînette de billes.
Mais il est accompagné d’une garniture plus travaillée. De chacune
des bordures latérales s’élève une volute garnie d’une dentelle de
deux rinceaux enroulés, le premier, autour d’une tulipe et le
second, d’une feuille légère. L’ascension de ces courbes vient buter
contre une chute, faite d’une branche de vigne aux larges feuilles
dans laquelle est niché un angelot d’un noir de jais. Au
couronnement, une tête d’ange bien vivante étend de grandes ailes
incurvées qui viennent se poser contre deux pots à fleur bas. Aux
angles, l’or des deux boutons de fleurs introduit une note joyeuse.
La couleur
sombre de cet encadrement fait ressortir la fraîcheur des teintes de
la peinture, qui représente La visitation de Marie à sa cousine
Elisabeth, épouse du prêtre Zacharie et mère de Saint Jean-Baptiste.
La scène est construite sur une ligne d’horizon basse , pour assurer
une plus grande monumentalité aux figures. Elle se passe à l’entrée
de la maison d’Elisabeth : on voit à gauche, au dessus du mur et à
travers la porte ouverte, les arbres verts du paysage environnant,
au delà d’un monumental escalier de pierre qui, en avant de l’angle
d’un grand mur, grimpe jusqu’à un petit perron bordé par une clôture
aux fins barreaux. Marie et Elizabeth occupent le centre de la
composition. Elles sont bien distinguées l’une de l’autre par la
rectitude de la ligne d’angle du mur et elles sont réunies par la
lumière ambiante dans laquelle elles baignent toutes les deux ainsi
que par les accords des tons de leurs couleurs,- blanc, bleu clair,
rouge, vieil or-, le blanc étant légèrement rosé chez Marie, plus
doré et ocré pour Elisabeth. Celle-ci s’incline devant sa parente et
se penche vers elle pour l’étreindre. Marie, qui pose le pied sur le
haut du perron, se tient droite, fièrement campée, ferme et sereine,
la lourde traîne de sa longue robe s’étendant en plis lourds
jusqu’au bas de l’escalier. La conversation des deux femmes est
exprimée par leurs visages et les mouvements de leurs mains :bonté,
déférence et retenue de la part d’Elisabeth ; paix, joie et
conscience d’un destin exceptionnel chez Marie.
Deux hommes
ouvrent et ferment le quart de cercle sur lequel sont rangés les
quatre protagonistes de l’action. A gauche, Joseph commence à gravir
les degrés : c’est un homme dans la force de l’âge adulte, au visage
aristocratique et souriant, vêtu d’une tunique bleue sur laquelle il
a passé un manteau beige ;de son bras gauche, il lance un geste de
salutation et il tient dans sa main droite un présent de forme
sphérique enveloppé dans un linge. De l’autre coté, debout, un peu
en retrait de son épouse, Zacharie semble ré&pondre au geste de
Joseph par un sourire ; il porte les habits d’un lettré : ample robe
noire, manteau marron au revers bleu, chemise blanche dont le col
ouvert déborde l’encolure de la robe. Le visage, d’une grande
douceur et prolongé par une barbe enneigée aux boucles élégantes,
est mis en valeur par la lumière.
La
représentation est éclairée à partir d’un grand cercle clair et
blond situé dans le haut du tableau, d’ou descend un cône éclatant
sur les quatre héros ; une colombe blanche y plane, quatre anges s’y
ébattent : on ne voit que les visages du couple d’angelots de
gauche, qui ne veulent rien perdre de l’événement et, à droite, un
troisième ange plonge enjoignant les mains à coté d’un gros angelot
poupin à l’aile fine, perché sur un nuage vert, qui écarte sa robe
bleue à revers rouge pour danser.
L’angle
inférieur droit est entièrement occupé par un dernier ange : c’est
un adolescent souple, aux formes rondes avec une grande aile
transparente, un bras musclé et la chevelure d’un blond chaud
entretenue avec soin. A demi agenouillé, il semble se relever en
écartant ses ailes ourlées d’or et en se libérant d’un lourd manteau
rouge et émeraude ;bien droit dans son aube, il retourne vers nous
un visage mutin et nous invite à participer à la joie générale.
Cette
peinture est fascinante, mais elle présente trois énigmes. En
premier lieu, comment justifier la présence d’une tête encapuchonnée
sur le linge blanc qui enveloppe le cadeau que tient Joseph ?
Ensuite, que signifient les taches rosâtres sur le grand drap posé
on ne sait comment devant Marie et qu’elle montre d’un index
impérieux ?Enfin, que représentent les sortes de grands frottis
bleus glissés entre ce linge et les jambes de la Vierge ?
Certes, la
représentation comporte des faiblesses : lourdeur du bras de l’ange
du premier plan, écarquillement trop grand des doigts de Zacharie,
disproportion entre le haut et le bas du corps d’Elisabeth, mais ces
fautes s’effacent devant la qualité de l’ensemble : savante
disposition qui associe des plans aux éclairages différents,
localisation réaliste et naturelle des figures, souplesse des
courbes qui les définissent en opposition avec les droites du décor,
dialogues pleins de vie des visages et des mains, finesse du tracé,
délicatesse du dessin, fraîcheur des couleurs étincelantes,
subtilité des reflets et des ombres sur les chairs et les vêtements
(manteau de Zacharie, ailes d’ l’ange du premier plan, par exemple)
modulation quasi imperceptible des valeurs dans les surfaces qui
paraissent uniformément blanches, brio du mouvement du bas du corps
de l’ange acrobate qui joint les mains.
Quelle que
soit sa date (probablement moitié du XVIII eme siècle), cette toile
qui associe le classicisme de son décor architectural, l’héritage
maniériste dans l’acidité de certains bleus et la petitesse de
certaines têtes (Joseph, Elisabeth) et une sorte de pressentiment
romantique dans la tendresse des visages, possède la légèreté, la
grâce et la puissance expressive qui sont le charme de l’art
baroque.
La chapelle
contient aussi une statue de la « Vierge à l’enfant » en bois
polychrome : chair ivoire, robe rouge à bordure d’or et manteau bleu
nuit de la Madone, robe légèrement bleutée de Jésus. La Vierge par
les deux attributs royaux par excellence : une haute et riche
couronne dorée à la résille très fine et un sceptre, qu’elle tient
dans sa main droite. Jésus est assis à l’intérieur du bras gauche de
sa mère ; il tient un globe doré sommé d’une croix. Ces deux
figures, peu mouvementées, sont empreintes d’un grand hiératisme,
mais les visages , dont la facture appartient à l’art populaire,
sont expressifs.
A la droite
de l’entrée de la chapelle, de nombreuses figurines d’enfants en
cire sont des ex-votos offerts à la suite de guérisons d’enfants
malades ou blessés, attribués à l’intercession de Notre-Dame du
Mont-Provent, vénéré pour son pouvoir de ressusciter les enfants
morts sans le baptême le temps nécessaire pour qu’ils puissent
recevoir ce sacrement, qui est la porte du salut éternel.
Extrait du
livre de Fernand ROULIER et Denis VIDALIE
Un art
retrouvé Le Faucigny.
Églises et
chapelles baroques, richesses de la Haute-Savoie
Editions Rossat Mignod.
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